CITATION DU MOIS : La bande dessinée, c'est comme le cinéma, même si c'est un cinéma de pauvres. [ Hugo Pratt ]
Le 21 février dernier, c'était Mardi Gras dans le Mile End. L'événement prenait place au sous-sol de l'église St. Michael, coin Saint-Viateur et Saint-Urbain. C'est là que j'ai rencontré Gisèle Poupart pour la première fois. Elle avait loué une table pour y présenter sa bande dessinée, «Le Contrat». Derrière elle, sa Loulou était si jolie que je devais absolument savoir qui elle était...
Invités à l'atelier de GISÈLE POUPART,
voici ce qu'on a récolté :)
En fait c'est Thibaud (de Corta), qui organisait le Mardi Gras qui avait invité Gisèle à l'événement et nous nous étions alors promis de l'avoir en entrevue. Ce mois-ci, Gisèle Poupart nous a accueillis dans son atelier, sur l'Avenue du Parc.
Gisèle, ce qui me vient d'abord à l'esprit comme questions c'est concernant les femmes et la Bande dessinée. On a parfois l'impression que c'est un milieu très masculin, à la limite, un peu macho. C'est le cas?
Ben... Ça dépend. Ça dépend des auteurs, des illustrateurs. Si tu parles des personnages, de la manière que les femmes sont rendues dans la BD, si tu veux parler de Bécassine, pas très inspirante pour moi! Les femmes de Hergé ou Chartier, pas très flatteur... Ça reste un mystère pour moi comment ces femmes sont antipathiques. Et puis il y a eu Fred , qui nous traite avec humour : la femme du papa de Philémon, qui ne dit jamais un mot et qui tire la caravane. Tu vois ici ça commence peut-être à nous ressembler un peu!
Avec Wolinski, j'ai l'impression que les femmes font une entrée dans le monde des vivants de la bande-dessinée. Sans toutefois me reconnaître dans ces femmes...
En fait, je me reconnais rarement dans toutes ces femmes de BD. Peut-être Chihuahua Pearl dans Blueberry ou encore chez les femmes de Jean-Claude Forest ou de Pichard: pulpeuses, amoureuses, voraces et aventurières! J'adore Bilal
et ses dessins, mais ses femmes sont
trop taciturnes.
Ici, au Québec, il y a Luc Giard pour ses dessins de femmes charnelles. J'en oublie bien sûr, car des personnages féminins dessinés par des hommes, il y en a beaucoup et que le genre et l'esthétique du dessin compte pour moi. Par exemple, je ne suis pas charmée par les dessins peints avec photoshop ni par ce courant manga. J'ajouterais que c'est une des raisons qui me pousse à faire de la BD: c'est que je ne retrouve pas ce que j'aimerai y lire. Dans ma dernière BD, j'ai d'ailleurs fait un pas timide en prenant pour alter ego un homme. On y trouve deux héros masculin. Les filles ont le second rôle. Dans le second tome, que j'écris en ce moment, les femmes seront les principaux personnages.
Et comment tu te fais une place, toi, en tant que femme dans le milieu de la BD?
.
Je ne crois pas avoir aucun problème avec ça. J'ajoute que j'adore me trouver sur le terrain des hommes. Cela dit, aujourd'hui les filles s'en sortent très bien en BD. Je pense à Julie Doucet entre autres, ici au Québec. Mais encore là, qu'on soit homme ou femme, c'est presqu'impossible d'en vivre sans passer par l'Europe ou les États-Unis, de toute façon. Pour ma part, je m'estime déjà chanceuse d'oeuvrer dans le domaine des arts pour vivre, à côté de la BD. Je suis aussi peintre et sculpteur/maître mouleur à la Tohu.
Pour la BD, je me dis qu'il y a de la place pour moi et je travaille chaque jour un peu à y accéder.
Qu'est-ce qui t'inspires? Tu travailles sur des héroïnes en ce moment?
Je suis curieuse des femmes que je rencontre par hasard et qui ont un physique particulier, trop grosses, trop grandes, trop petites, pas de nez, habillement hors normes, etc. Si tu grattes un peu tu tombe sur des muses facinantes. Ma mère et mes tantes, qui se sont retrouvées au moment du «beatnick» à Toronto, pourraient en être aussi, des héroïnes. Ou celles qui vivent dans des fermes très pauvres, où tout est à faire. Des femmes libres d'une certaine manière. Gertrude Stein qui a choisi sa vie... Les femmes pirates, les aventurières du 20 ième siècle! Mais j'effleure seulement ces sujets là, je les modifie, je m'en inspire. J'en fais de la caricature, de la fiction. Que je dessine des hommes et des femmes, c'est surtout ça qui me fascine.
Ta mère et tes tantes... Toi aussi t'es née là-bas, à Toronto, c'est ça?
Oui. Mais dès mon jeune âge on a accumulé les déménagements. C'est sans doute pour ça que je créé aujourd'hui. Déjà, être franco-ontarienne, ca offre des prédispositions à la solitude! Et puis en plus on déménageait souvent alors j'ai pas vraiment eu le temps de fixer des ports d'attaches nulle part. Il me reste, de cette époque, l'ardent désir de faire de l'art, ça me comble.
J'y suis arrivée à 18 ans. J'y ai rencontré Daniel Buisson qui baignait dans un milieu qui me plaisait. Un milieu artistique, underground, assez intellectuel, très agréable à fréquenter. Daniel était le propriétaire du bar «Le bruit court» où on refaisait le monde durant les 5 à 7 jazz qu'on y présentait. J'y ai cotoyé des gens stimulants, les membres de l'Orchestre des Pas Perdus, de la Fanfare Pourpour. Les années 80, une époque! Ma Bande dessinée «Le contrat» est inspirée par cet ami, Daniel, qui était un fan de BD. Il est aujourd'hui décédé... Je crois qu'il aurait aimé ce que j'ai fait, comment je l'ai représenté...
Il aurait aimé mon travail.
Je suis sortie de cette entrevue avec Gisèle Poupart avec un tas d'idées, de projets, une amie de plus et un petit cadeau signé de sa main, cette Loulou que j'aime tant et qui fait désormais partie de mon quotidien à la maison :)
Poupart, notaire-enquêteur, arrive sur l'ile de Fahy, référé par son précèdent client.
Le maire Napoléon l'accueille et, très vite, avec le conseil de mairie lui expose l'affaire. Un doute subsiste concernant les titres de propriétés d'un bois ancestral et d'une maison possédée par un certain Daniel. Les titres à son nom date de 1810 alors que Daniel est dans la trentaine.
Au village des bruits courent. Pépé d'abord, qui n'arrête pas de prétendre à qui veut l'entendre que Daniel n'a pas vieilli et qui exerce son influence sur Simon, un attardé.
Zaza la compagne de Daru, neveu du maire, est sans scrupule et terrorise les insulaires. Elle renseigne et rançonne le moindre curieux en quête d'informations.
En enquêtant sur Daniel, Poupart doit veiller à la sécurité de sa femme et de son fils. Ces deux là ne semblent pas troublés par ce qui se passe sur l'île, bien au contraire.
Poussé à quitter l'île sous la pression des insulaires, Daniel s'embarque à bord d'un navire sans se douter que Zaza et Daru l'y ont précédé. Il finira ses jours au fond de la mer, alors que l'enquêteur Poupart, lui, restera sur l'île.
70 pages
Dessins exécutés sur du carton 44.5 X 35.5 cm
Bulles, cadres et police ont été faits avec l'aide du logiciel
Illustrator d'Adobe